vendredi 21 novembre 2008
Enjeux familiaux
Par Andreanne, vendredi 21 novembre 2008 à 10:36 :: General
Mon mec prévoit prendre ses semaines de congé familial à compter de la semaine prochaine (Marilise a déjà dix mois), alors il travaille deux fois plus, deux fois plus longtemps, parce que prendre congé dans le domaine communautaire, c'est comme remettre à plus tard ce qu'il faut faire aujourd'hui - personne ne prendra la relève en son absence pour faire avancer les différents dossiers. Mardi et mercredi, il est revenu une fois les deux petits endormis. Marilise est grippée. Comme elle était un peu fiévreuse mercredi, j'ai gardé les deux petits à la maison. J'ai donc eu un très court aperçu de ce que vivent les célibataires avec enfants. J'ai de bons enfants, gentils, sages, bien intentionnés, mais ce sont des enfants quand même, il faut changer la couche de la petite et s'organiser pour qu'elle ne bouffe pas de petits objets dangereux, faire trois repas en double, nettoyer pour que l'accordeur de piano puisse venir faire une évaluation à 13 h, faire le lavage pour que tout le monde ait quelque chose à se mettre sur le dos, suggérer des activités au plus vieux qui tourne en rond dans la salle à manger et qui se plaint que sa maman est toujours occupée, etc.
Je recommence à travailler dans moins de deux mois. J'ai hâte, mais en même temps, la maman en moi a peur de ne pas être à la hauteur. Un jour à la fois. Comme dirait Vincent : je fais la maman écureuil - je fais des réserves. Seulement, je dois faire attention d'emmagasiner la bouffe dans les armoires, et non dans mes hanches ou dans mes artères... le cholestérol est tellement réconfortant à cette époque de l'année. Mais ça, c'est une lutte de tous les jours.
En attendant, j'entends les discours des candidats et des chefs au sujet de la politique familiale, et j'ai la vague impression qu'ils en sont déconnectés. Les garderies subventionnées et les crédits d'impôt à ceux qui n'ont pas de place subventionnée, c'est génial et il faut se battre pour les maintenir. Mais ce n'est pas LA politique familiale. Le Québec est l'un des meilleurs endroits pour avoir des enfants, mais ça ne veut pas dire qu'être parent, c'est facile. Je ne me plains pas. Pour moi, ce ne pourrait pas être plus facile : mes enfants sont en santé, ils sont gentils, mon mec et moi filons le parfait bonheur, j'ai une belle carrière que j'aime... en fait, tout ce que je fais, c'est par choix, et ça, ça vaut de l'or. Mais même dans mon monde idéal, je dois faire des concessions. Non, de la conciliation. La fameuse conciliation travail-famille, c'est un concept qui devient très concret à la seconde où on devient responsable de sa famille, et ce, même si la responsabilité est partagée entre deux excellents parents. En fait, il y a une limite à ce qu'un gouvernement peut, ou doit, faire.
Quand l'ancienne gardienne subventionnée d'Estéban m'appelait de Gatineau le mercredi à 11h pour que je vienne chercher mon fils qui préférait bouder dans son coin que jouer avec les autres enfants et qu'au même moment, à Hull je recevais un courriel d'un client d'Ottawa qui me demandait de devancer ses 1000 mots, dus dans quatre heures, de trois heures, que mon mec était pris dans une réunion à Chelsea et que ma patronne faisait le tour pour nommer des volontaires pour faire des heures supplémentaires, la conciliation travail-famille, je l'avais par-dessus la tête, peu importe la générosité du gouvernement.
La vérité, c'est que personne ne devient parent pour se la couler douce. Ce qui est important, pour moi, ce n'est pas d'avoir la vie facile. J'ai travaillé dur pour avoir la vie que j'ai, même si tout paraît si facile pour moi. J'ai eu de la chance, oui, mais je n'ai pas obtenu mon baccalauréat dans une boîte de céréales. On ne gagne pas sa vie, on la travaille. Et le gouvernement ne peut pas travailler à ma place, étudier à ma place, accoucher à ma place, faire des choix à ma place. Ce que le gouvernement peut faire, c'est m'ouvrir la voie. Mais le chemin, je dois le marcher moi-même. Ce qui m'importe, au fond, c'est d'avoir le choix - le choix de travailler dans mon domaine, le choix de travailler à la maison, le choix de bâtir une famille, par exemple. Et ce qui m'importe encore plus, c'est que dans 15-20 ans, mes enfants aient aussi le choix.