Bientôt le 11 septembre. Ça va être le 5e anniversaire des attentats. On parle encore des morts comme des héros (vous vous souvenez, on estimait d'abord le nombre de victimes à 20 000, et maintenant, c'est plus près de 3000)?
Toutes les émissions matinales, qu'elles soient télédiffusées ou radiodiffusées, en parlent déjà. La semaine dernière, c'était un an après Katrina, et cette semaine, c'est 5 ans après le 11 septembre.
C'est important de se souvenir. Oui, c'est très important.
Mais...
On dit que le "11 septembre" a "haussé l'état d'alerte des gens" et a contribué au "sentiment d'insécurité chez les Américains". Même si la majorité de ces mêmes américains ne se souviennent pas en quelle année a eu lieu le fameux "9-11".
Ouais... ben peut-être que cet état d'alerte était déjà en hausse... On en parlait bien avant 2001. On avait peur des terroristes bien avant qu'ils ne frappent ici (ouais, je dis ici, parce que si une bombe nucléaire tombe sur nos voisins, on va en pâtir, nous aussi). Les tours jumelles sont devenues un symbole...
Au matin du 11 septembre 2001 (un mardi), l'Alliance publique faisait la grève. Moi, j'étais entre deux stages (été à temps plein et automne à temps partiel... à la section des Transports du Bureau de la traduction!). J'avais mon premier cours de troisième année d'université assez tard. Je m'étais levée tôt, et je m'étais rendue au gym. Dès que je suis entrée au gym, le préposé du matin m'avait accueillie en me disant qu'un avion était tombé dans une des tours, à New-York. Je suis montée sur le tapis roulant, juste en face des écrans figés sur les postes de nouvelle, et j'ai commencé à jogger et j'ai vu le second avion s'écraser en direct. C'était irréel. J'ai cru à un montage télé... À la maison, mes colocs avaient déjà allumé à RDI. Pendant 3 jours, on a revu ces images en boucle dans l'espoir d'avoir d'autres informations. On a donné nos commentaires. Fait nos "analyses"... La semaine suivante, j'ai dit à ma mère "Dans quelques années, cinq ou dix, on en fera des films d'Hollywood". Elle ne m'a pas cru. Elle aurait dû!
Je ne croyais pas que ça avait changé ma vie. Ce n'est qu'hier matin que j'ai réalisé que ça avait tout changé. Le 12 ou le 13 septembre 2001, j'ai entendu Gilles Duceppe répéter ce que tous les gens de la gauche disaient : "il faut s'attaquer à la pauvreté". Et voilà. Lentement, je me suis rendue compte qu'on est responsables. On n'a pas causé les attaques terroristes. Mais on fait quand même partie du problème. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas "l'intention" de faire du mal qu'on n'en fait pas. On peut être ignorant et méchant à la fois. Le problème, ce ne sont pas les "Américains". Le problème, c'est la pauvreté, pauvreté à laquelle on contribue en pompant les ressources des autres et en leur donnant une poignée d'espoir en retour.
Très très très graduellement, j'ai changé mes habitudes. Je ne dis pas non à mon confort. Simplement, j'ai commencé à consommer de façon responsable. Oh, je ne suis pas parfaite, et je suis bien consciente que mes efforts ne changeront pas le monde. Mais bon, je m'informe, je m'organise pour que d'autres souffrent moins du fait que moi, je ne souffre pas. Je fais attention à ce que je mange, à ce que ma famille mange, pour ma santé et celle de ma famille (si je favorise des habitudes saines, ça ne garantit pas que je n'aurai jamais besoin d'un hôpital, mais au moins, je n'occasionnerai pas de frais de santé qui auraient pu être évités si j'avais fait plus attention à mon alimentation...). Je sais dans quelle condition sont faits les vêtements que je porte, ou que mon fils porte, parce que c'est moi qui les ai faits. Je mange bio et local quand je le peux (l'été, c'est plus souvent qu'autrement : je suis partenaire en ASC et j'ai un potager). Je vérifie les étiquettes.
Comme tout le monde, j'aime pouvoir payer moins pour en avoir plus. À la longue, je me suis rendue compte que je n'ai pas vraiment besoin de "plus". Je cherche les aubaines, mais pas à n'importe quel prix. C'est facile de se dire que c'est la faute aux autres. Ça nous permet de mieux dormir la nuit. Mais c'est bizarre, moi, je dors mieux depuis que je sais que les autres, c'est aussi moi. Et que moi, j'ai reçu un superbe don à ma naissance : celui du libre choix. Je choisis librement de ne pas utiliser de produits dommageables pour l'environnement. Ça n'empêchera pas l'usine voisine de polluer les lacs environnants. Je choisis librement de ne pas acheter de café qui n'est pas équitable. Ça n'empêche pas les multinationales de maintenir les producteurs de café dans la pauvreté en leur offrant une fraction de ce que devrait valoir leur labeur. Je choisis librement d'acheter mes légumes d'une ferme bio et locale l'été. Ça n'empêche pas les supermarchés d'importer d'autres pays des fruits et des légumes encroutés de pesticides.
Je ne suis pas David contre Goliath. Je suis plutôt une infime partie de Goliath. Un simple globule parcourant les veines du géant. Même si je n'ai pas de pouvoir sur les "grandes" décisions, j'ai quand même un rôle à jouer.