Mon coeur de maman a été durement éprouvé vendredi. Je crois que ça a été le pire choc à ce jour.

On dirait que quelqu'un a jeté un mauvais sort de malchance sur mon fils. À un point tel que j'ai peur que si quelque chose d'autre lui arrive, ce sera encore plus grave.

Pour ceux qui ne connaissent pas mon fils, Estéban est un enfant très prudent. Il est vraiment très conscient de se qui l'entoure. Il déjoue les parcours semés d'obstacles très facilement. Il ne tombe jamais sur d'autres enfants par accident. Enfin, ça, c'est quand il est en forme. S'il est fatigué, c'est une autre histoire. On sait qu'on doit vite le coucher et qu'il s'endormira tout de suite s'il trébûche. Il est comme ça.

Vendredi, il était à la garderie, comme d'habitude. C'était après le dîner, mais avant la sieste. Il devait donc être midi trente. Pendant que ses gardiennes changeaient des couches, il est tombé sur l'aspirateur. Sur le coup, bien entendu, il a pleuré. Il y avait un peu de sang sur sa lèvre. Alors, les gardiennes ont épongé le tout et il s'est calmé. Heure du dodo, elles l'ont couché.

Une heure plus tard, en faisant une ronde parmi les petits, l'une des gardiennes s'est rendue compte qu'il y avait du sang sur l'oreiller d'Estéban. Qu'il saignait du nez. Elle l'a réveillé, et il s'est mis à vomir. Beaucoup. Elle a dit à l'autre gardienne de nous appeler parce que le petit vomissait. Ce que l'autre a fait. Elle a dit à Gaétan "Tu dois venir chercher ton fils, parce qu'il n'arrête pas de vomir". Gaétan a demandé s'il s'était cogné. "Il est tombé tout à l'heure, mais il n'avait que la lèvre qui saignait un peu, on a fait un rapport d'accident..."

Ok. Gaétan m'appelle pour me dire ça. J'appelle ma mère, qui devait aller le chercher. "Si c'est la gastro, on ne pourra pas le garder comme prévu en fin de semaine, parce que ton père est malade..." "Ok, je rappelle pour savoir si c'est un virus..."

Je rappelle. Celle qui me répond, c'est celle qui a réveillé Estéban.

"Allo, c'est Andréanne. Estéban vomit? Il y a d'autres amis qui ont la gastro?"

"Je te garantis que ce n'est pas un virus. Il s'est frappé à la tête avant la sieste, et maintenant, on voit qu'il a le nez blessé, et sa cicatrice au front saigne, il y a une bosse au dessus. Il tremble, il a peur, son petit coeur bat vite..."

Vous avez déjà eu l'impression que le monde tournait tellement vite au tour de vous et que le temps s'arrête, puis reprend à une vitesse virtigineuse?

"Dis à Gaétan de m'appeler dès qu'il arrive..."

"Ok, je vais lui dire."

Je rappelle chez mes parents, et je résume la situation à Aurélie. Je promets de rappeler plus tard. Raccroche. Impossible de ne pas pleurer. Je vais dire à la réceptionniste que je pars, je ferme mes tâches, et ma voisine de bureau vient me voir pour savoir si elle peut m'aider (on entend tout ce qui se passe d'un bureau à l'autre). Incapable de cesser de pleurer. Je cherche la carte d'assurance maladie d'Estéban au fond de mon sac à main, et je me rends compte que je tremble. Envoit un court message à mon co-voitureur comme quoi je ne pourrai pas le ramener ce soir. Rappelle la garderie. Gaétan vient d'arriver.

"Je te rejoins à l'urgence."

"T'es pas obligée..."

"Parce que tu penses que je peux encore travailler, là? T'es cinglé!"

Je le rejoins à l'hopital de Gatineau. Il est 15h.

Choc total. Il y a beaucoup de monde. Juste le processus de triage prend une éternité. Gaétan est assis sur une chaise, Estéban est accoté sur lui, le regard vide. C'est à peine s'il signale qu'il s'est rendu compte que je suis arrivée. Il a le nez très enflé, qui a saigné un peu. Sa cicatrice a saigné un peu aussi, il y a une goutte de sang séchée dessus. Sa lèvre semble correcte... Mais c'est son attitude, son regard qui m'effraient.

Nouvelle crise de larmes. Je me cache pour pleurer, je vais plus loin, le temps de me calmer. Personne ne devrait avoir à voir son enfant dans cet état.

On finit par voir l'infirmière. Estéban n'est pas tout à fait lui-même, mais il est conscient et il ne vomit plus. Bon signe. Huit heures d'attente minimum.

On part. On hésite. L'Hôpital des enfants d'Ottawa ou la clinique sans rendez-vous de son médecin? L'hôpital. Juste au cas où il y aurait des radiographies ou un scan à faire... On ne sait pas trop où c'est, alors on va chez mon beau-père. On consulte Google Map, puis j'appelle mes parents pour donner des nouvelles.

Vers 17h15, on arrive à l'hôpital. Bel endroit. Mieux adapté pour les enfants. Estéban est bien accueilli. Belle salle d'attente. Ma mère arrive une demi-heure plus tard, avec un sac rempli de trucs pour Estéban. On attend. D'autres enfants sont mal en point... Dur de voir des petits transportés sur des civières avec des tubes partout...

Vers 23h, on voit le médecin. Estéban va bien. Il ne doit pas faire d'activités demandantes, mieux vaut rester tranquile à la maison pour la fin de semaine.

Je suis épuisée. Déjà que la grossesse me tire beaucoup d'énergie physiquement, moralement, j'étais à sec.

Ma mère a gentiment offert de prendre Estéban pour la nuit, maintenant que le médecin nous avait complètement rassurés. J'embrasse mon fils, et on file à la maison...

C'était la soirée la plus longue et la plus dure de ma vie. Accoucher, ça avait été dur. Mais voir Estéban dans cet état, c'était pire.