Moins ving-huit degrés celcius enregistrés à l'aéroport de Gatineau ce matin. Moins vingt-quatre à Ottawa. C'est en dessous des moyennes saisonnières. Bien en dessous.
En entendant ça ce matin, je n'ai pu réprimer un sourire.
Il y a deux semaines, on criait au réchauffement climatique et on disait que "la vague de chaleur" et que "l'absence de neige" en était "la preuve", ou, du moins, un "signe indubitable."
La preuve qu'on doit voir la chose dans son ensemble. Une vague de froid, alors, ça prouve que "la preuve" était fausse?
Je ne nie pas qu'il y a un réchauffement climatique. Au contraire. J'accepte ça d'emblée. La température des océans diminue parce que les glaciers fondent. La température enregistrée sur la terre ferme, elle, augmente de dizièmes de degrés chaque année (ça varie selon les sources et les endroits où on enregistre les hausses). Les spécialistes s'entendent généralement (je dis généralement, parce qu'en général, les spécialistes de l'environnement ne s'entendent pas uniformément, que ce soit sur la température ambiante, sur les prévisions climatiques ou sur les effets de tel ou tel changement) pour dire que la situation est critique. Critique, oui. Mais que la catastrophe ultime n'est pas pour demain matin. Enfin, pas pour l'ensemble de la planète.
Ce n'est pas une vague de chaleur qui devrait nous mettre la puce à l'oreil. Cependant, c'est ce qui a énervé tout le monde. Ceux-là qui disaient que la vague de chaleur des dernières semaines était "la preuve" qu'on s'enlignait vers un réchauffement climatique... qu'ont-ils pensé ce matin? Ce matin, où il faisait -28 chez moi, et où la Californie a vu le gel détruire ses récoltes? Ont-ils cessé de croire au réchauffement? "Ça y est, notre planète est sauvée, on a de la neige!"
Faire la part des choses, c'est la moindre des choses. Non?
Ce sont les événements spectaculaires qui nous font réagir. Mais il faut faire très attention : le spectacle, ça se monte. Ça s'organise. Ça se triche. Ça peut alimenter les croyances non fondées (ou fondées sur le spectacle). Les événements spectaculaires peuvent monopoliser notre champ de vision, si on n'y prend pas garde. Et pendant qu'on regarde le "show", on oublie de fouiller. De réfléchir. D'évaluer. De faire la part des choses.
Oui, il y a un réchauffement climatique. Mais c'est juste une des parties du problème. Et une seule vague, ce n'est pas nécessairement l'océan. Attention aux jugements du genre "il fait plus chaud que d'habitude, donc, c'est la fin du monde." parce que la semaine suivante, on pourrait se dire "il fait plus froid que d'habitude, donc il n'y aura jamais de fin du monde"...