On trouve de ces bijoux d'ignorance teintée de volonté de plaire en période préélectorale...
Comme cette nouvelle promesse en l'air des adéquistes.
Ok, après avoir levé les yeux au plafond, je me suis mise à rire un bon coup. Puis j'ai relevé les yeux au plafond.
Quelques notions de base en criminologie canadienne ne feraient pas de tort à monsieur Dumont.
Par où commencer? Dur à dire...
"La récidive est tellement installée dans notre système, ça démontre que le caractère dissuasif du système carcéral a été largement perdu"
Le caractère dissuasif du système carcéral n'a jamais été gagné. En fait, il n'a jamais vraiment existé. Sauf, peut-être, pour les jeunes enfants qui, de toute manière, n'iront jamais en prison. En fait, l'effet dissuasif de la peine n'existe que pour les infractions sans trop d'importance. Prenons un exemple simple :
Vous avez une grosse entrevue importante pour un emploi qui changera votre vie. Vous vous êtes bien préparé. Mais l'entrevue a lieu au centre-ville, et le seul endroit où vous pouvez vous garer et arriver à temps pour faire bonne impression, c'est devant un parcomètre et vous n'avez pas de monnaie. Vous n'avez pas le temps de trouver une autre place, vous vous garez là même si vous savez que vous risquez une contravention de 65$. Par contre, si vous êtes un étudiant et que vous n'êtes pas pressé, ou si votre rendez-vous n'est pas si important que ça, vous n'enfreindrez pas la règle. Vous vous garerez ailleurs pour ne pas risquer la contravention.
Maintenant, imaginez que vous êtes en manque de drogue et que vous devez absolument payer votre pusher avant midi sans quoi vous ne pourrez pas marcher pendant des mois. Vous ne penserez même pas aux conséquences négatives de braquer un dépanneur ni avant, ni pendant, ni après le braquage.
L'effet dissuasif de la prison, c'est bon pour les gens honnêtes et qui ne sont pas dans une situation qu'ils perçoivent comme désespérée.
"Cet argent pourrait servir, entre autres, à pallier les débordements fréquents dans les prisons, qui ne risquent pas de diminuer si les détenus restent plus longtemps incarcérés, ayant moins accès aux libérations conditionnelles."
Ouch. Le problème des débordements en prison, ce n'est pas juste lié au nombre de personnes en prison. L'enjeu est très complexe et cette façon de voir les choses de M. Dumont est très simpliste à mon sens. Premièrement, les débordements ne sont pas seulement dus au nombre de personnes condamnées à une peine provinciale. Ils sont dus aussi, beaucoup, à un retard du système de justice. Où croyez-vous que les gens en attente d'un procès vont avant d'être jugés? Même si certains peuvent rester à la maison, les récidivistes, eux, en général, doivent rester en détention préventive. Ça, ça veut dire dans une prison provinciale (même si, à la fin, la peine sera de ressort fédéral...) jusqu'à la sentence. Et la sentence, elle prend du temps à arriver. Parce que les tribunaux sont surchargés. Est-ce qu'on parle d'ajouter des juges, des greffiers, et tout ce qui vient avec? Nooooooooooon. Et puis, la liberté conditionnelle a des ratés parce qu'on n'y met pas l'argent. Mais on ne veut pas plus d'agents de libération conditionnelle : on veut que les gens se pensent en sécurité en enfermant plus longtemps les "méchants". Pas d'affaire à en faire des citoyens respectueux des lois : mieux vaut les enfermer et détruire la clef, parce qu'on sait tous qu'ils sont perdus d'avance... Ah, tant qu'à y être, on devrait peut-être rétablir la peine capitale? Quitte à penser que personne ne peut changer...
"Pour M. Dumont, celles-ci (les libérations conditionnelles) doivent redevenir un «privilège», plutôt qu’un «automatisme»."
Les libérations conditionnelles ne devraient être NI un privilège, NI un automatisme. En fait, ce ne sont ni l'un ni l'autre, en principe (mais bon, manque de fonds, suivis mal faits... les libérations conditionnelles provinciales ont les ratés qu'on connaît). Notions de base? Ok. Au tiers de sa peine, un détenu peut demander une libération conditionnelle totale. Mais la majorité se voit refuser cette liberté. Au provincial, au Québec, c'est un organisme indépendant, la Commission québécoise des libérations conditionnelles, qui examine chaque cas et qui détermine si le risque que représente le délinquant est gérable dans la collectivité. Au fédéral (et dans d'autres provinces), c'est la Commission nationale des libérations conditionnelles qui le fait. Et, comme je l'ai dit, dans la majorité des cas, la Commission REFUSE la demande. Aux deux tiers de la peine, ensuite, le délinquant a droit à une libération d'office. Cette fois, il est libéré presque automatiquement. Je dis presque. Parce que le Service correctionnel peut contester la mise en liberté, ou encore proposer certaines conditions strictes (en général : obligation de ne pas consommer d'alcool, de ne pas fréquenter telle ou telle personne, etc.) s'il juge que le délinquant n'est pas prêt à sortir. On se souviendra de madame Homolka à qui on a refusé la liberté d'office en raison de la gravité de ses crimes et de sa notoriété. Oh, la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition prévoit aussi d'autres formes de liberté sous condition, ainsi qu'une procédure d'examen expéditif (on peut obtenir une libération conditionnelle totale plus rapidement s'il s'agit de notre premier crime, s'il n'y avait qu'un chef d'accusation et si on remplit d'autres conditions... ça ne s'adresse donc pas aux récidivistes de Dumont)... mais... ah, j'oubliais... cette loi-là est FÉDÉRALE. Le premier ministre du Québec ne peut PAS la changer de son côté. Autre point important : il ne faut pas perdre de vue l'objectif premier de la libération conditionnelle qui est de favoriser un retour progressif dans la société. Pas de laisser tout le monde sortir pour le fun. Si on enlève ça, on se garantit de nouveaux problèmes à la sortie des prisonniers qui ne sauront plus comment dealer avec le vrai monde.
"Les adéquistes proposent aussi de facturer aux détenus qui en ont les moyens une partie des coûts de leur détention, notamment pour défrayer l’hébergement et la nourriture."
Morte de rire. Donc, récapitulons. J'ai commis un crime parce que je n'avais pas l'argent pour payer mon pusher... penses-tu que je vais pouvoir me payer ma drogue en dedans (qui est 3 fois plus chère) ET payer mon hébergement et ma nourriture, tout ça, SANS avoir le droit d'avoir un emploi parce que je suis en prison? Ah, et si j'avais un emploi, ben oubliez ça là, j'ai un casier judiciaire donc je suis condamnée à devoir me battre pour avoir un emploi décent.
Quiz, pour monsieur Dumont
Quel est le taux d'analphabétisme en prison?
Combien coûte un inter urbain en prison? (pour les prisonniers qui veulent parler à leur famille ou à leur avocat... ce sont eux qui payent)
quel est le revenu moyen déclaré selon la déclaration officielle de revenu de l'année précédant l'incarcération des détenus?
Quel est le pourcentage de détenu qui a un emploi?
Faut pas se leurrer, dans la majorité des cas, si t'es en prison, c'est parce que t'as pas les moyens de te payer la liberté. Alors comment tu veux, en plus, payer pour tes repas?!? À moins de se livrer à un trafic d'organes...
Bon, ben encore un autre parti qui manque de rigueur et qui est officiellement rayé de ma liste...