vendredi 29 juin 2007
Sondages... encore et toujours...
Par Andreanne, vendredi 29 juin 2007 à 07:59 :: Le saviez-vous?
En cette journée de protestation des Autochtones, une série d'articles paraissent dans les divers quotidiens. Celui-ci parle d'un sondage auprès de la population québécoise. Et encore une fois, je tiens à répéter que je DÉTESTE les sondages. Je les ai en horreur. Même les plus objectifs sont toujours orientés. Au lieu de perdre de l'argent dans des firmes de sondage, on devrait investir tout ça dans des programmes d'éducation de la population. Voilà. Pas nécessairement dans des écoles. Des documentaires à la télé, des téléfictions avec discussion après, des films qui sensibilisent... les gens ne lisent pas, se foutent de ce que disent les profs, mais TOUT LE MONDE a une télé à la maison. Même mes parents sont abonnés au câble et regardent les nouvelles de TQS comme s'il s'agissait d'un bon match de foot. Ce qui n'est pas peu dire.
Bon, pour en revenir à nos moutons, dans ledit sondage, il ressort quand même quelques évidences (c'est juste que c'est poche de payer des gens à faire état d'évidences)... par exemple :
« On note toutefois une vision très différente des problématiques autochtones selon l'âge ou le niveau de scolarité. Par exemple, le sondage démontre que plus les personnes sondées sont scolarisées, plus elles sont ouvertes aux problématiques autochtones et plus elles considèrent que les revendications sont pour la plupart fondées. »
« Il en va de même pour l'âge. La moitié des Québécois de 65 ans et plus (51%) pensent que les revendications des autochtones sont exagérées. Chez les plus jeunes, moins du quart (24%) le croient aussi. »
« En outre, ceux qui gagnent moins de 25 000$ par année sont les plus intransigeants à l'égard des problématiques autochtones. »
« Chez les détenteurs d'un diplôme universitaire, 70% des gens considèrent la situation des femmes autochtones comme assez ou très mauvaise. Mais dans l'ensemble de la population, 44% perçoivent que leur situation est bonne. En 2006, Statistique Canada estimait toutefois que les femmes autochtones étaient trois fois plus nombreuses à être victimes de violence conjugale que les non-autochtones. »
Bon, personnellement, je fais partie des statistiques. Bien que le terme "jeune" ne soit pas défini, je pense que je suis considérée comme "jeune" (après tout, il me reste encore un bon, quoi, 8 mois, dans la vingtaine?). J'ai un diplôme universitaire, et le salaire qui vient avec.
Mais je dois aussi dire que j'ai une certaine formation en criminologie. J'ai traduit des centaines de textes sur les problèmes des Autochtones dans le système correctionnel fédéral (ils sont surreprésentés en prison, et sous-représentés en liberté sous condition...) Dans le tout premier texte que j'ai traduit, en 2001, je me souviens très clairement de ces chiffres (ouais, j'ai une excellente mémoire). Les Autochtones formaient de 3 à 4% de la population totale au Canada. Les Autochtones formaient 18% de la population carcérale sous responsabilité fédérale. Quelqu'un d'autre que moi voit un problème?!? Mais ce n'est pas tout. J'ai aussi suivi un cours de criminologie qui portait exclusivement sur les femmes. Une grande partie du cours portait sur les Autochtones, sur les raisons, les causes, les lois, l'histoire... tout ce qui fait que leur situation est comme elle est. Et j'ai honte, même si je n'ai rien à y voir. Tout comme j'ai honte de ces centaines d'enfants québécois qui vont se coucher sans avoir pu avaler de souper.
Imaginez un peu : vous vivez sur une grande terre. La terre de vos ancêtres. Vous avez votre façon de faire, qui n'est pas parfaite, mais qui vous convient. Vous avez des valeurs, des croyances, vous vivez bien. Un jour, un homme, plus grand et plus fort que vous vous demande de pouvoir camper sur votre terre. Il vous donne des cadeaux en échange de services. Des trucs que vous n'avez jamais vus. Cet homme a des valeurs différentes des vôtres. Pour lui, la terre doit appartenir à quelqu'un. Mais pour vous, c'est simplement la terre sur laquelle vous vivez. Alors cet homme remplit des papiers. S'approprie "légalement" vos terrains. Selon ses lois à lui, pas les vôtres. Selon ses valeurs, son argent, ses trucs. Vous n'y comprenez pas grand-chose, mais il est plus fort que vous, difficile d'argumenter. Ensuite, il commence à vous dire que vous élevez mal vos enfants, et que pour leur bien, on va devoir vous les enlever. Aussi, vos femmes parlent trop fort, on va devoir les interner pour leur montrer à vivre. Pendant ce temps, on vous montrera comment, vous, vous DEVEZ traiter les femmes. Comme des hommes grands et forts, pas comme des égaux qui partagent les tâches. On vous montre que l'argent, c'est mieux que les traditions. Et puis, on vous laisse un petit espace de camping sur ce qui, autrefois, était vos terres.
Et ça dure durant des générations. Des dizaines de générations plus tard, tout le monde a raison. Les "grands et forts" (les blancs) ne sont plus des colonisateurs. Ce sont leurs descendants. Ils sont nés sur ces terres, ils n'ont pas d'autre "chez-eux". Pas question de retourner en France ou en Angleterre : ce n'est plus leur pays. Ce n'est plus leur réalité. On veut bien redonner les terres que nos ancêtres ont si habilement prises, mais bon, où va-t-on aller? Et c'est bien beau les excuses pour ne pas avoir respecté la culture d'autrui, mais ce bel esprit de multiculturalisme, il est encore nouveau. Et des excuses, ça ne règle pas les vies brisées.
D'un autre côté, vous avez tout perdu il y a des siècles. Vous êtes envahi d'un grand sentiment d'injustice, et vous avez raison de l'être. Si tous ces "blancs", ces grands hommes forts, avaient seulement pris le temps de vous respecter au départ, on n'en serait pas là. Maintenant, vous êtes dans une impasse : personne ne vous écoute. Seule l'élite vous regarde avec une compassion qui frise l'insulte. Sans rien faire. On vous offre encore des bonbons, des cadeaux, de l'électricité gratuite, des excuses, des programmes d'intégration, un maigre financement, des cabanes au bord des lacs pollués... et vous êtes censés dire "merci, vous êtes trop gentils"?!? Vous êtes devenus dépendants des blancs parce qu'ils vous ont littéralement enfirouapés, par la ruse ET par la force. Leur réalité était plus forte que la vôtre, et maintenant, même si certains s'en veulent, la masse est juste tannée de vous entendre chialer, balaient vos problèmes du revers de la main comme s'ils n'avaient rien à y voir. Alors vous vous fâchez. Et on vous met en prison. Dans LEURS prisons. Selon LEURS lois fondées sur LEURS valeurs. On vous entre dans LEUR système.
Et on vous dit que vous chialez pour rien. On vous dit de passer à la télé, mais de ne pas déranger le trafic. « Ok, ok, vous avez raison, on va dire au gouvernement de faire quelque chose quand les listes d'attente en santé seront réduites... mais en attendant, ne bloquez surtout pas nos ponts, on doit aller au travail, au chalet, en vacances sur super lacs et les superbes rivières ou dans les belles forêts pas encore rasées... ça se fait de plus en plus rare... »
Mettez-vous à leur place un instant. Juste un instant. Et ensuite, imaginez que c'est comme ça toute votre vie. On est moins fier, là, hein?