On dira ce qu'on voudra du lundi matin, mais j'ai bien aimé celui-ci.
J'étais bien, sous les couvertures. Il faisait frais dans la maison. J'étais au chaud. La douce voix rassurante de mon mec m'a tirée du sommeil. Il ne me parlait pas à moi. Il parlait à mon fils, qui, comme à l'habitude, était sorti du lit, couvertures, peluches et verre d'eau dans les bras. Voyez-vous, quand mon p'tit homme se lève, il amène son lit avec lui. Je suis persuadée que s'il avait les petits bras assez forts pour emporter le matelas, il le ferait. Il se tenait, debout, silencieux, au pied du lit. Interpellé dans sa lancée par son père.
"Il est encore tôt, coco! Tu devrais aller te coucher encore un peu."
"..."
J'aperçois la petite silhouette immobile et silencieuse, qui tente de décider de quel côté du lit elle se lancera.
"Tu as mouillé tes draps? Tu as fait pipi au lit?"
"Non. Mes pieds 'étaient p'u cachés"
Puis, il vient me voir.
"Maman, pousse-toi, fais-moi un peu 'place!"
Coup d'oeil aux gros chiffres rouges sur la commode près de ma tête. Il est temps que je me lève.
"Viens, coco, couche-toi à côté de papa, moi, je vais m'habiller et faire les lunchs."
"Pas coucher avec moi?"
"Je dois me lever. Et puis, t'auras plus de place comme ça."
Je roule hors du lit. Littéralement. Deuxième trimestre de grossesse dans trois semaines. J'ai pris une vingtaine de livres. Pour me retourner, j'utilise la technique de l'otarie : hanche-épaule-hanche-épaule-hanche-épaule. Pas très élégant. Et pas de tout repos. Mais j'ai très bien dormi, sous les couvertures chaudes. J'ai un peu d'énergie. Les vitamines de la veille font effet également, je sens la différence.
Estéban prend ma place.
"Peux-tu cacher mes pieds, si-te-plait?"
Chaque fois qu'il fait une phrase aussi complète, ça m'étonne. Pourtant, il en fait tout le temps, maintenant! Estéban n'aime pas dormir les pieds découverts. Et il n'aime pas porter des bas. De plus, le geste de lui cacher les pieds (et le reste du corps), c'est aussi un geste d'amour qu'on lui porte tous les jours, ça fait partie du rituel : cache les pieds, bisou, lire une histoire, autre bisou, re-cache les pieds, va aux toilettes, re-cache les pieds, réclame une ou deux choses, dodo. Le matin, ça le réconforte aussi.
Je me suis habillée, je suis descendue, j'ai préparé les lunchs, puis Estéban est venu me rejoindre. Papa était rendormi, et petit coco n'avait plus sommeil. Maman est ennuyeuse : elle prépare les lunchs et parle de s'habiller, de se changer, d'aller à la garderie... Blah. Estéban ouvre la télé et se blottit dans le grand fauteuil. Puis c'est la course, maman veut VRAIMENT qu'il s'habille... chatouilles, course pour se réfugier chez papa (qui, ce matin, malheureusement pour coco, est du bord de maman). Jeux et chatouilles jusqu'à ce que le petit soit convenablement vêtu de la tête aux pieds.
Puis, départ pour la garderie. J'embrasse mon mec, puis je sors, sacs à lunch sur l'épaule, petit dans les bras. Il y a de la glace sur ma voiture!!! L'été est vraiment terminé. Mais ça ne me dérange pas, ce matin. Il y a du brouillard. Ça a quelque chose de mystérieux. Je rêvasse. C'est long, il y a beaucoup de voitures sur la route. Estéban est silencieux... jusqu'à ce qu'il aperçoive un autobus. Puis un tracteur. Puis un gros camion. Puis, "le magasin à grand-papa", puis les rails de train. À l'occasion, il demande un pourquoi. Il s'amuse à pousser son questionnement. Je m'amuse à tenter de lui répondre du mieux que je le peux. On arrive à la garderie en même temps qu'une petite amie. Juste avant qu'on descende de la voiture, il m'affirme (car ce n'est pas une question) "maman, c'est toi 'vient me chercher tantôt!"
"Oui, mon coco, je viendrai te chercher tout à l'heure. Et on passera au magasin pour acheter d'autres bocaux à conserves, d'autre sucre pour la gelée de pommes." Il sourit de tout son visage. "Ok!" Il est heureux. Bisous, échange quelques mots avec la gardienne, puis je prends la route du bureau. Bon café, bon muffin, pommes cueillies en fin de semaine. Nettoyage du blogue (suppression de la pollution de la fin de semaine), puis traduction. J'adore mon boulot.
Un petit matin de septembre comme les autres. Pas parfait. Juste bien. La belle vie.