vendredi 27 février 2009
Professionnalisme
Par Andreanne, vendredi 27 février 2009 à 08:09 :: Trad
Nous sommes vraiment très occupés au bureau. Tout le monde contribue. Tout le monde est « dans le rouge » (traduit plus que la « norme » établie par l'employeur). Au début de la semaine, la conseillère à la clientèle est venue me porter trois textes, dont un petit d'un peu plus de 400 mots.
« Tu vas être correcte pour le faire, celui-là? »
« Ben oui, je n'ai rien encore pour vendredi, et il ne fait que 400 mots... »
« T'es sûre?»
« Oui, pourquoi? »
« Il n'est pas trop feng shui » (ah tiens, mes collègues qui me lisez, vous savez de qui je parle, hein?)
« Ben là, je devrais survivre... »
Comme j'ai eu beaucoup d'autres textes à faire, je l'ai placé à sa place, dans la pile, et je ne l'ai ouvert qu'hier soir. Ouache.
Pas que le texte comme tel est particulièrement difficile à traduire. C'est du jargon que je connais bien, et c'est très bien écrit — d'un point de vue strictement linguistique, il est parfait. Je comprends absolument tout, je n'ai aucune question à poser au client, tout est clair. Trop clair. Sans entrer dans les détails, il y a un paragraphe complet qui décrit comment un enfant de l'âge de mon fils a été poignardé. À plusieurs reprises. Pas feng shui? C'est carrément dégueulasse.
Mais l'enfant a survécu. Et j'ai commencé à traduire. C'est vraiment impressionnant de réaliser à quel point la traductrice a pris la place de l'humaine, le temps de transférer les horreurs d'une langue à l'autre. Comme si, en me concentrant sur les détails, je ne voyais plus l'ensemble. Le temps de faire mon travail. Mais je vais tout de même activer le système d'alarme à la maison avant d'aller me coucher, pour quelques semaines encore.
Je dois encore me relire avant de livrer le texte. Au bas mot, je n'en ai pas la moindre envie.