mardi 18 août 2009
Local, bio, équitable, santé, diversité et réalité?
Par Andreanne, mardi 18 août 2009 à 08:31 :: Écologie
C'est la pagaille.
Bon, mon corps est composé de cellules. Ces cellules sont construites grâce à un système élaboré et planifié dès la naissance, soit les gènes. Mais elles ont besoin de matériaux bien précis pour se développer adéquatement, et ça, on l'obtient dans la nourriture. Si on pousse un peu, on est ce qu'on mange, au fond. Juste réorganisé selon un plan bien précis qui est déterminé dès notre conception.
Jusque-là, ça va. On comprend que peu importe ce qu'on met dans notre bouche, on pourra être affecté par des virus, des bactéries, puis des maladies génétiques. Mais ce qu'on mange, logiquement, beaucoup d'impact sur le développement des cellules. Pour recycler l'idée du plan, on a beau avoir les meilleurs plans conçus par les meilleurs architectes, si les matériaux sont pourris, ce qu'on bâtit sera pourri. Et l'inverse est possible aussi, on a beau avoir les meilleurs matériaux au monde, si l'architecte a mal planifié son affaire, ou si les fondations sont mal coulées, ça va coûter cher à réparer.
Donc, si on suit cette logique, on peut, théoriquement, réduire les risques de tomber malade si on s'alimente bien, mais les risques seront toujours là. Toujours si on suit la logique, c'est mieux d'éviter les produits qui sont mauvais pour nous, et de manger plein de choses qui sont bonnes pour nous. Pour être bien certain d'avoir tout ce dont on a besoin, il faut varier son alimentation tout en évitant de prendre des aliments néfastes. Simple? Non. On ne fait que commencer. Parce qu'on est entouré d'aliments dits indésirables que l'on aime et qui sont si facilement accessibles. On ne lit pas les étiquettes, non plus. Ou très peu. Dès que je me suis mise à lire les étiquettes, j'ai eu peur, et j'ai arrêté d'acheter du tout-fait, ou du moins, j'ai essayé d'arrêter. Les longues listes de produits utilisés comme agent de conservation, les gras trans, les « saveurs artificielles » et les ingrédients qui ont des numéros au lieu de noms... Les produits tellement raffinés qu'ils ne contiennent plus de nutriments valables, le sucre et le sel ajoutés à outrance. Et si on ne modifie pas nos habitudes de consommation et qu'on passe au bio, bonjour le porte-monnaie. Si on ne modifie pas son alimentation, le bio n'est pas du tout abordable. Alors emmenez-en, des pesticides. Alors, il faut modifier les habitudes de consommation pour avoir une alimentation complète et variée sans se ruiner. La solution : cuisiner et planifier, comme nos grand-mères et nos arrière-grands-mères. Substituer aussi.
Vous croyez qu'on a fini? Non. Parce qu'il n'y a pas que ce que l'on mange qui est important. Il y a ce que l'on boit, ce que l'on respire et même ce que l'on touche. On parle donc aussi de la qualité de l'air et de la qualité de l'eau, d'écologie, de contamination de l'air et de l'eau par des produits (naturels ou non) que nous rejetons dans la nature. À plus vaste échelle, si on veut maximiser nos chances d'être en santé, il faut minimiser notre impact sur l'environnement EN PLUS de faire de bons choix sur le plan nutritionnel. Ici, ça devient un peu plus compliqué, parce que pour réduire notre impact sur l'environnement, il faut réduire la quantité de déchets que l'on rejette dans nos ressources de base : l'air et l'eau. Pour ça, ben il faut diminuer la distance que parcourent nos aliments (à cause des gaz à effet de serre), et surveiller nos déchets (pour qu'ils ne soient pas enfouis dans une nappe phréatique), et veiller à ce que nos excréments ne soient pas déversés dans l'eau potable... Et là, je ne parle que du minimum personnel : ensuite, on doit décourager les entreprises à déverser leur poison dans nos rivières et encourager les « pratiques exemplaires ». Ce qui veut dire que quand on achète de la nourriture, on doit savoir d'où elle provient et dans quelles conditions elle a été produite. Pas évident, parce que personne ne s'entend sur l'étiquetage de la provenance. Le meilleur moyen? Acheter uniquement de producteurs locaux. Possible? Si on vit dans un grand centre, peut-être. Mais il faut faire attention, encore, le café que j'achète est torréfié dans ma région, mais il est produit ailleurs... Vraiment pas simple.
Parlant de café, ce qu'on mange a aussi une charge éthique. Vous ne trouvez pas louche qu'en pleine saison des asperges, on retrouve surtout des asperges du Pérou en supermarché, et puis elles sont moins chères que celles qui sont produites au Québec? Pourquoi est-ce que les tomates de serre du Mexique coûtent moins cher que les tomates de serre produites dans ma propre ville, à trois coins de rue de chez moi? Ce n'est sûrement pas parce que le producteur local veut me flouer. C'est peut-être le supermarché qui floue les producteurs du Pérou et du Mexique? Et si ça continue comme ça... ben les producteurs locaux, à qui ils vont les vendre, leurs produits? Et les producteurs étrangers, comment vont-ils faire pour se tenir à flot? Bon, je comprends que certains produits, comme le chocolat, le café, les bananes, les ananas, ne peuvent pas pousser chez moi. Que je dois les importer. Mais des TOMATES? de l'AIL? L'ail, ça pousse presque comme de la mauvaise herbe ici, comment se fait-il qu'il n'y ait que de l'ail importé de Chine dans les grandes surfaces? Que je doive le commander chez mon agriculteur préféré si je n'en ai pas fait pousser dans mon jardin? Oui, oui, c'est la crise économique. Faut se serrer la ceinture. Mais quand on paye le prix de la merde, on risque de recevoir de la merde... ou de faire manger de la merde à ceux qui nous ont pratiquement donné leurs produits, transportés dans de gros paquebots et de gros camions...
Mais avec tout ça, comment s'y retrouver?
Ça prend du temps. De la volonté. De la planification. Surtout, ça prend des connaissances. Ça prend la faculté de se poser des questions essentielles. D'où ça vient? Comment c'est fait? Avec quoi? En ai-je vraiment besoin? Est-ce bon pour moi?
Pas simple. Pas simple du tout.