Pub et esprit critique
Par Andreanne, mardi 10 novembre 2009 à 11:33 :: Soupape :: #708 :: rss
Hier soir, je toussais devant la télé, et je suis tombée sur une pub pour un centre d'amaigrissement. Je ne me souviens pas du centre, mais le principe de la pub est universel, j'ai vu la même technique un peu partout. On joue sur les faiblesses des gens pour leur vendre un service dont ils n'ont pas besoin. En jouant avec l'impatience des gens, on attaque un maillon faible de leur esprit critique, ce qui fait que même des consommateurs avertis se laissent prendre. Dégoûtant.
D'où l'importance de développer et d'entretenir son esprit critique. Observez les différentes pubs et cherchez les failles. Elles sont là. Toujours.
Revenons à cette pub en particulier. Elle vante les mérites d'un centre d'amaigrissement. Selon la pub, la méthode du centre prône une approche de la perte de poids centrée sur trois éléments, dont en premier lieu, un « nettoyage » et une « purification ». Pour moi, ça sonne comme des centaines de dollars en jus de raisin « purificateur » et en pilules « nettoyantes ». Je connais des tas de gens qui croient à ça. C'est vrai que le principe est attirant... On passe notre vie à saloper notre corps, et quelqu'un nous offre un moyen de tout « réparer » en trois jours. Trop beau pour être vrai? Oui, c'est trop beau pour être vrai. Notre corps n'est pas un dépotoir, mais si on le traite en dépotoir pendant des années, ça prend plus que trois jours pour faire le ménage. Mais voilà, nous vivons dans une société qui souffre de déficit d'attention, si ça exige un effort à long terme, on perd l'objectif de vue... et rapidement. Mais on conserve cette impression d'impuissance, de saleté, de culpabilité. Et les requins l'ont compris. J'ai une copine qui m'a déjà dit qu'elle suivait un régime pour « se partir » - super sévère, elle ne mangeait que des légumes. C'est tout. Parce qu'elle était « tannée d'être grosse ». « Juste cinq jours, ça va me donner la motivation pour continuer... », ça fait près d'un an de ça... et elle n'a pas continué. Les solutions « faciles », elles n'existent pas. Celles qui existent viennent avec des effets secondaires désastreux.
Ensuite, le centre en question parle de « régulation des hormones ». Bang, une autre faiblesse exploitée. S'il est vrai que certains problèmes hormonaux peuvent influencer le poids, ce sont des cas relativement rares, qui se traitent par un médecin. Pas par une lecture de l'aura ou parce qu'on a l'impression que ça pourrait être la source de nos problèmes. Et le diagnostic, il se pose après une prise de sang et des analyses appropriées. Pas après une théorie. Le « problème » des hormones, s'il n'est pas diagnostiqué par un médecin, c'est le même « problème » que ceux qui disent qu'ils ont de gros os. C'est « facile ». C'est sécurisant. Avoir des problèmes de santé, ça n'a rien d'agréable, ça rend tout plus difficile. Mais le corps est une formidable machine : on a plein de mécanismes pour compenser. Si on se laisse aller bêtement en se disant « bof, c'est plus dur pour moi que pour un autre, alors mieux vaut ne rien faire », on se trompe soi-même. Et les publicitaires l'ont bien compris. Alors, ils exploitent ça. « Ce n'est pas ta faute si tu es grosse, c'est tes glandes... il y a des produits tout à fait naturels pour te soigner, sans effet secondaire. Les méchantes compagnies pharmaceutiques ne te le diront pas, parce qu'elles veulent que tu achètes leurs produits pour traiter les effets secondaires de leurs produits chimiques, mais moi, j'ai déjà tout ce dont ton corps a besoin, c'est naturel. T'as juste besoin d'une gélule de racine de tihs-llub, un produit utilisé depuis des millénaires par (insérer ici : des Asiatiques, des Africains ou des Autochtones). T'en prends deux par jour. Comment? Tu trouves que c'est cher, 50 $ pour un mois? Ben non, c'est juste pour le premier mois, pour faire l'effet d'un choc sur ton système. Après, c'est la phase de transition, tu descends à une pilule par jour pour le mois suivant, alors ça revient à 25 $ par mois. Après, on passe à la phase 3, le plan d'entretien, qui revient à environ 15 $ par mois. C'est moins cher qu'un DVD...»
(Qui a eu le réflexe de lire tihs-llub à l'envers?)
Troisième aspect ciblé par le centre de santé dans la pub : on augmente le rythme métabolique. À 20 ans, je me suis fait prendre à ça aussi. J'ai acheté de la spiruline, qui est censée faire « augmenter le métabolisme ». Comme la caféine. Et ça ne fait pas perdre de poids. Vous savez ce qui fait augmenter l'efficacité du métabolisme? C'est super simple. Et ça ne se trouve pas dans des pilules. Il faut d'abord comprendre le « métabolisme » - en gros, c'est l'efficacité générale de notre corps. Une personne qui a un métabolisme « rapide » convertit rapidement la nourriture en énergie, et dépense cette énergie de façon efficace. Voilà. Alors, comment faire pour avoir un « bon » métabolisme qui convertit la nourriture en énergie au lieu de la stocker dans nos cellules? Simple. Faut brûler de l'énergie, et avoir une alimentation équilibrée. Notre corps devient vraiment bon à ce qu'il pratique : si on bouge, il devient bon pour bouger. Si on ne fait rien, il devient bon à rien. Oui, certains produits, comme la plupart des stimulants (pensez café) ont tendance à accélérer le rythme cardiaque et à influencer le système nerveux (qui contrôle pas mal tout dans le corps). Mais l'effet est minime sur le « métabolisme ». De plus, le fait d'avoir un bon "métabolisme" ne garantit pas la perte de poids. Le poids, c'est lié à plusieurs facteurs, mais le plus important, c'est le rapport entre les entrants (ce qu'on mange) et les extrants (ce qu'on utilise, stocke ou élimine).
Donc, si on reprend, les gens se sentent sales, impuissants et fatigués, et on exploite ces sentiments en proposant une approche alléchante, mais illogique.
Mais... et si c'était vrai? Si ces méthodes de nettoyage et de régulation des hormones de façon naturelle fonctionnaient vraiment? Ce n'est pas impossible. C'est improbable, mais pas impossible. C'est à ça que ça sert, l'esprit critique. Avec toutes les données qui sont accessibles, on doit se faire notre propre idée. Et faire attention aux faux arguments qui sont omniprésents.
Mais bon, voici ce que moi, je proposerais, dans un centre de perte de poids.
- Un suivi psychologique. Si une personne passe 20 ans à se traiter en poubelle, c'est un signe. Cette personne a besoin de faire le ménage dans sa tête. Et elle doit réaliser qu'elle a une valeur. Qu'elle est importante. Qu'elle a le droit de s'aimer, et d'être aimée.
- Un cours de biologie humaine de base. Comment fonctionne notre corps. Pour apprendre à se comprendre.
- Un plan de nutrition adapté à la réalité des gens, mais surtout, axé sur les bonnes habitudes à prendre (et non sur les interdits).
- Un plan d'activité adapté aux besoins de la personne.
- Surtout : une approche axée sur la santé, pas sur la perte de poids. Le poids, c'est un symptôme. Si on traite seulement le symptôme, sans régler le problème qui est à sa source, le symptôme réapparaîtra un jour ou l'autre. C'est une question de temps.
Mais mon centre serait vide... personne n'a le temps de se soucier de son corps... Un peu comme personne n'a vraiment le temps de frotter sa salle de bain, mieux vaut utiliser des produits corrosifs pour que ce soit fait plus vite...
Commentaires
1. Le jeudi 12 novembre 2009 à 15:17, par Marie-Hélène
2. Le jeudi 12 novembre 2009 à 15:41, par Andreanne
3. Le jeudi 12 novembre 2009 à 16:20, par Marie-Hélène
4. Le jeudi 12 novembre 2009 à 17:05, par Andreanne
Ajouter un commentaire