Selon certaines sources, il paraît que je fais partie du groupe très marginal sélect des granos. Pourtant, je pourrais être "bien pire" que ça. Je suis une grano-confortable qui mange de la viande. J'avoue toutefois candidement que je fais partie de ces écolos-éthiques. Je ne suis pas végétarienne (si je l'étais, ce serait par conviction écologique et non par respect pour les droits des animaux, ni par conviction religieuse), mais ma viande provient en grande partie de producteurs très locaux. Bien que l'écologie soit à la mode en ce moment, les vrais granos sont perçus comme des bêtes de foire gens bizarres.

Mais voilà, je vais vous révéler un secret : à l'instar d'un certain village Gaulois en 50 avant Jésus-Christ, les vrais granos (ou les écolos-éthiques), n'ont peur que d'une chose : que le ciel leur tombe sur la tête. Ils n'ont pas peur du ridicule, ils se dressent fièrement devant les géants envahisseurs qui ont troqué le nom de César pour celui des grandes marques. Mais ils ont fichtrement peur que les ressources naturelles ne soient bousillées à jamais.

Et ça, ben c'est une source de stress intense. Comme pour les gens au régime : c'est pire pendant le temps des fêtes.

Voyez-vous, l'écolo-anxieux craint le Made-in-China. Il crie comme une fillette dans un film d'horreur devant la montagne de papier-cadeau jeté à la poubelle. Et que dire de la nourriture servie à la table? Des pesticides, des aliments provenant de l'autre bout du monde transportés dans de gros véhicules polluants réfrigérés chimiquement.

Du stress, je vous dis. Et beaucoup de culpabilité.

Et puis, comme je l'ai mentionné plus haut, même si l'écologie est à la mode, ceux qui posent des gestes concrets sont quand même marginalisés. C'est un temps de réjouissances, mais ceux qui ne sont pas éco-anxieux ne comprennent pas pourquoi on refuse de poser certains gestes. Un peu comme ceux qui ne sont pas allergiques qui oublient qu'une ou deux personnes ont peur de leur succulente tarte aux pacanes. C'est facile de se sentir seul à table. Et ça, c'est sans compter les commentaires. Ceux qui essaient de me convaincre que personne n'a les moyens d'être écolo. Que personne n'a le temps. Qu'il faut être naïf pour penser qu'un geste peut faire une différence. Ouais, ben je préfère être naïve qu'inconsciente... mais c'est juste moi, et je me garde bien de servir cette réplique.

Alors, comment fait-on, quand on a peur que le ciel nous tombe sur la tête, pour garder son sang froid?

On fait ce qu'on peut. Et on se concentre sur l'essentiel. Parce que l'amour, c'est bien plus fort que la peur.

Encore faut-il avoir le sentiment qu'on a fait ce qu'on peut.

Comment ferai-je pour survivre cette année, moi qui suis terrifiée par le poids de la stratosphère?

D'abord, je respire. Je fais du yoga. C'est bon pour éliminer les toxines et pour gérer le stress. J'essaie de jouer dehors aussi. Ça fait du bien.

Ensuite, ça fait longtemps que ma famille et mes amis me connaissent. Et je parle beaucoup (ce n'est nouveau pour personne). Je les ai assommés d'informations et de convictions, sans toutefois les imposer (ben, je crois)... Je prêche un peu, mais j'en convertis peu. Je n'ai pas envie d'imposer aux autres la pression que je m'impose, même si, secrètement, j'aimerais que plus de gens soient aussi barjos que moi.

Et puis, je redouble de vigilance. On emballe boîtes dans du papier, mais tout ce qui n'est pas en forme de boîte, ça va dans des sacs personnalisés Made-in-my-Sewing-Room qui peuvent être réutilisés comme sacs d'épicerie... On y met beaucoup de temps! Et puis il y a les cadeaux gourmands qu'on cuisine nous-mêmes avec des produits locaux (autant que possible), les vêtements qu'on fait soi-même (mais pas en coton bio, malheureusement...). Par exemple. Dans le fond, on offre surtout du temps, plus que des bébelles. Du temps de confection. On offre aussi des bébelles, mais on essaie d'acheter chez les petits commerçants d'ici, des produits d'ici, et quand on a le choix, on choisit l'option la "moins pire". Pafois, on offre des billets de spectacle dans une carte faite à la main ou achetée dans une campagne de financement caritative, ou une séance de chouchoutage. Par exemple.

À la table, j'apporte aussi ma contribution. Je propose de commander le chapon chez un sympathique producteur que je connais bien. J'apporte les marinades de légumes bios locaux que j'ai préparées en septembre. Des confitures, des marmelades, des terrines, des cretons maison.

C'est sûr qu'il y aura du Made-in-China. Des appareils électroniques difficilement recyclables. Il ne faut pas virer fou, César est partout, on fait avec!

Le ciel nous tombera peut-être sur la tête. Peut-être pas. Sans pouvoir dire que je dors toujours la conscience tranquille, je sais que j'en fais un peu plus chaque année pour y arriver. Et que ça ne ruine pas mon temps des fêtes.