Avez-vous essayé de manger local?
Moi, ça fait quelques années déjà... environ cinq ans, en fait. Ça s'est fait très progressivement - et encore, je ne suis pas prête à passer à une diète complètement locale.
D'abord, il faut changer sa façon de voir les choses. Pas facile. Il faut cesser de voir les saisons comme une limite à la diversité. Il faut voir les saisons comme une occasion de diversifier son alimentation. Extrait d'une conversation que j'ai déjà eue plusieurs fois avec différentes personnes :
"Qu'est-ce que tu fais pour manger des fraises fraîches en janvier?"
"Je n'en mange pas. D'abord, ça n'existe pas, une fraise fraîche, en janvier. Ensuite, si je veux vraiment des fraises, je prends celles que j'ai congelées ou mises en conserve en juillet."
"Ouais, mais tu limites tes choix?"
"Bof, mes choix, ils sont déjà limités. J'ai juste choisi différentes limites que toi. Par exemple, je parie que tu peux me nommer rapidement tous les légumes qui passent dans ton frigo en un an."
"Ben, y'en a beaucoup, là... poivrons, tomates, carottes, céleri, brocoli, chou-fleur, oignons, haricots, épinards... j'ai nommé les carottes?"
"Tu vois, il n'y en a pas tant que ça. Supposons que t'en as oublié quelques-uns, comme des champignons, des concombres et de la salade. Bon. Ben moi, j'ai tout ça, même si ce sont les autres qui mangent les carottes et le céleri, plus du kale, du chou-rave, de la tomatille, cinq ou six sortes de courges, du persil racine, du panais, du radis daïkon, de la roquette, des fleurs d'ail... Au bout du compte, mon alimentation est plus diversifiée que la tienne."
"Ouais, mais tu peux pas manger ce que tu veux quand tu veux."
"Ah, ça, c'est relatif. C'est vrai que l'hiver, c'est plus difficile. Et que j'achète pas mal de légumes à moitié frais au supermarché. Mais on peut s'en sortir pas pire si on se met en mode fourmi l'été. Prends l'exemple des fraises. Ben, en juillet, on va en cueillir pour l'année. On congèle, on sèche ou on met en conserve ce dont on aura besoin. Même chose pour les betteraves, que je mets en conserve dans une bonne marinade. On peut congeler le brocoli, ou faire des litres de sauce tomate pour l'année. Seulement, bon, ça prend pas mal d'efforts."
"Ouais, c'est beaucoup de temps à investir..."
"Sur le coup, oui. Mais penses-y. Moi, en février-mars, quand c'est l'enfer au bureau et que les enfants mangent les coins des tables parce qu'ils ont faim après leur longue journée à la garderie ou à l'école, je n'ai pas à laver, couper, préparer mes légumes. Ils sont déjà prêts. J'ouvre un sac de mélange congelé et je met ça dans la mijoteuse avec de la viande locale, disponible toute l'année, avant de partir au boulot. Ou encore, j'ouvre un pot de ratatouille en conserve. Ou je fais un spaghetti avec de la sauce dont tous les ingrédients sont locaux... moi, je mets ma sauce en conserve pour que ce soit prêt en même temps que les pâtes, pas besoin de penser à dégeler... Dans le fond, l'investissement de temps est colossal pendant deux ou trois mois, mais je me la coule presque douce le reste de l'année!"
Bon, vous avez saisi le concept. En gros, pour manger local, il faut changer sa façon de faire la bouffe, et ça ne se fait pas en un jour. Ni en un an. C'est un processus à long terme. Au début, j'ai commencé avec juste les fraises. Puis, tranquillement, les confitures. La congélation de légumes. La lecture des étiquettes. Les marinades. Les conserves. Ensuite, les paniers bio chapeautés par Équiterre. Puis le Marché régional de la solidarité de L'Outaouais. Une étape à la fois...
Je ne nie pas que ça prend beaucoup de détermination et d'énergie. Beaucoup de différentes connaissances aussi. Le Web est un fabuleux outil (paradoxal, non? On va chercher de l'information qui vient de l'autre bout du monde pour savoir comment acheter chez nous...). Il faut aussi cuisiner — ce qui ne vient pas toujours naturellement... Il faut s'armer de patience.
Mais ça en vaut la peine!
- AJOUT* Je viens de découvrir une toute nouvelle bonne raison de se mettre en mode fourmi pour manger local : le contrôle des ingrédients. Si vous êtes allergique à quoi que ce soit, vous avez déjà compris qu'il vaut mieux cuisiner soi-même pour être bien certain que l'allergène ne se trouve pas sur la fourchette. Et ça tombe bien, la plupart des grands allergènes (lait, oeufs, blé) ne se mettent pas vraiment bien en conserve. Vous avez déjà tenté de trouver une bonne sauce spaghetti sans carottes ni céleri, vous? Moi, oui. Mais ce n'est pas facile. Alors que faire ma propre sauce sans avoir peur que la langue me pique, c'est plus pratique.
Maintenant, je m'éclipse pour quelques jours... c'est le temps des pommes ici. Je veux de la compote pour l'année, du beurre de pommes, de la confiture pomme et érable, des tranches de pommes en sirop pour les tartes et croustades, du ketchup aux pommes et des tranches de pommes séchées, plus de la pectine avec les coeurs. Vous comprendrez que l'ordinateur sera éteint jusqu'à ce qu'on sera venus à bout de la montagne de pommes!