Le blogue d'ND

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vendredi 27 février 2009

Professionnalisme

Nous sommes vraiment très occupés au bureau. Tout le monde contribue. Tout le monde est « dans le rouge » (traduit plus que la « norme » établie par l'employeur). Au début de la semaine, la conseillère à la clientèle est venue me porter trois textes, dont un petit d'un peu plus de 400 mots.

« Tu vas être correcte pour le faire, celui-là? »

« Ben oui, je n'ai rien encore pour vendredi, et il ne fait que 400 mots... »

« T'es sûre?»

« Oui, pourquoi? »

« Il n'est pas trop feng shui » (ah tiens, mes collègues qui me lisez, vous savez de qui je parle, hein?)

« Ben là, je devrais survivre... »

Comme j'ai eu beaucoup d'autres textes à faire, je l'ai placé à sa place, dans la pile, et je ne l'ai ouvert qu'hier soir. Ouache.

Pas que le texte comme tel est particulièrement difficile à traduire. C'est du jargon que je connais bien, et c'est très bien écrit — d'un point de vue strictement linguistique, il est parfait. Je comprends absolument tout, je n'ai aucune question à poser au client, tout est clair. Trop clair. Sans entrer dans les détails, il y a un paragraphe complet qui décrit comment un enfant de l'âge de mon fils a été poignardé. À plusieurs reprises. Pas feng shui? C'est carrément dégueulasse.

Mais l'enfant a survécu. Et j'ai commencé à traduire. C'est vraiment impressionnant de réaliser à quel point la traductrice a pris la place de l'humaine, le temps de transférer les horreurs d'une langue à l'autre. Comme si, en me concentrant sur les détails, je ne voyais plus l'ensemble. Le temps de faire mon travail. Mais je vais tout de même activer le système d'alarme à la maison avant d'aller me coucher, pour quelques semaines encore.

Je dois encore me relire avant de livrer le texte. Au bas mot, je n'en ai pas la moindre envie.

lundi 15 octobre 2007

Pénurie

Quand je suis entrée au baccalauréat en traduction à l'Université d'Ottawa, en 2000, j'ai eu droit à un discours impressionnant : taux de placement des diplômés s'approchant du 100 %, principalement en raison de la qualité de l'enseignement et d'une pénurie des professionnels de la langue au Canada. Pas difficile d'obtenir un stage où on le voulait. J'avais le beau jeu à titre d'étudiante coop. Tout au long de mes études, j'ai eu droit au même discours. Les grosses boîtes de pige et le Bureau de la traduction courtisaient beaucoup les étudiants.

Même une fois en poste, on reçoit le même message : il y a beaucoup de travail et peu de travailleurs, et ça risque d'empirer... beaucoup. Personnellement, je ne connais aucun traducteur qualifié qui manque de travail. Hier soir, j'ai soupé avec des copains avec qui j'ai fait le bac. L'un d'eux est traducteur-réviseur-terminologue aux Territoires du Nord-Ouest. D'après lui, on aurait besoin d'au moins le triple de personnes là-bas... mais qui veut travailler là-bas? Et les pigistes qui travaillent d'ailleurs? Ça va pour la moitié des textes à traduire. Mais pour l'autre moitié, ça prend une connaissance de la situation, il faut être sur place pour comprendre de quoi il en retourne vraiment. S'il y a une pénurie de traducteurs qualifiés, de réviseurs qualifiés et de profs de français ou d'anglais qualifiés à Ottawa et à Toronto, imaginez à quoi ça ressemble à Yellowknife...

Ce n'est pas seulement dans le domaine de la langue. C'est comme ça partout. On manque de personnel qualifié dans presque tout. Ça prend des études pour être sacré professionnel de la langue. Des études qui sont, disons-le franchement, insuffisantes une fois sur le marché du travail (enfin, dans le cas des traducteurs...) Pour être fonctionnel, fiable, efficace, ça prend aussi de l'expérience. Idéalement, un « vieux de la vieille » doit nous prendre sous son aile.

Mais dans l'industrie de la langue, c'est plus payant de travailler que de former. La majorité des traducteurs sont pigistes, à leur compte. Une personne à son compte prendra-t-elle le risque ou le temps de former un jeune bachelier? Certains le font. Mais c'est rare. Il faut être dans une bonne boîte pour bénéficier d'une telle formation. Autrement, on connaît des débuts difficiles. Et même avec une formation, les premières années sont dures.

C'est aussi un métier qui n'est pas facile. Ça demande beaucoup de rigueur. Les clients demandent de la qualité pour hier, et c'est normal : ils ne comprennent pas notre travail. Beaucoup nous perçoivent comme des machines. Il n'est pas rare de se promener dans les ministères et d'entendre, à 16h le vendredi : « Voilà le rapport de 20 pages sur lequel on travaille d'arrache-pied depuis deux mois, il doit être traduit pour 8 h lundi matin, parce que la présentation est prévue pour 9 h. » (Il y a fort à parier que ce rapport est important. Et que deux ou trois traducteurs/réviseurs devront s'y casser la tête pendant toute la fin de semaine, sans pouvoir poser de question aux auteurs qui sont en train de se reposer avec leur famille). Si on n'est pas agréé ou si on ne fait pas partie d'une grosse boîte, on peut se faire avoir par des gens qui ne paient pas. On vend un service professionnel à l'unité, au mot, car c'est la seule unité universelle. Pourtant, un texte, c'est bien plus que des mots et une langue, c'est bien plus qu'un ensemble de signes et de règles. Plusieurs croient, à tort, qu'il suffit d'être bilingue pour traduire. Qu'il suffit de bien connaître une langue pour l'enseigner. Et ensuite, on s'étonne de trouver de mauvaises traductions, soit faites par des ordinateurs, soit faites par des gens à peu près bilingues un peu partout...

C'est une belle profession, qui gagne à être connue. Mais la beauté et la facilité ne sont pas compatibles ici. Je comprends que l'emploi puisse être peu attirant. Moi, je trouve que c'est un travail formidable, malgré tout.

Vous me direz que c'est bien beau de vouloir devenir un professionnel de la langue, mais qu'encore faut-il être bon en français. C'est vrai. Mais le français, c'est comme toute chose, ça s'apprend si on y met l'effort. Je connais de bons traducteurs qui sont dyslexiques : si eux peuvent faire un bon travail en y mettant l'effort, n'importe qui le peut. Certains apprennent moins difficilement ou plus rapidement que d'autres, c'est tout. Au final, c'est la satisfaction personnelle qui compte.

Vous me direz que c'est parce que la qualité de la langue se dégrade, que les jeunes sont plus paresseux qu'avant, etc. Je ne crois pas à ça. Je crois, au contraire, que les jeunes écrivent de mieux en mieux parce que de plus en plus. On connaît tous des adultes paresseux et des adultes allumés. C'est la même chose chez les ados. Ce qui est différent maintenant d'il y a dix ou vingt ans, c'est que les gens écrivent plus et qu'on a plus accès à ce qu'ils écrivent. Les tribunes pour s'exprimer se multiplient : blogues, forums de discussion, wikis... Même à l'oral, les tribunes téléphoniques et les vox-pop sont des plateformes très récentes : elles n'existaient pratiquement pas il y a vingt ans. On n'entendait et on ne lisait que des professionnels. Les textes bourrés de fautes ne se retrouvaient nulle part, alors pas la peine de les écrire. Les gens peaufinaient leurs textes pour qu'ils soient lus. Maintenant, ce n'est plus nécessaire. Aucune maison d'édition ne veut publier mon opinion? Je me crée gratuitement un blogue. Les jeunes communiquent plus au moyen du clavardage que du téléphone! Vous me direz qu'ils écrivent mal quand ils clavardent. Ouain pis? Au moins, ils écrivent. Et ils lisent (même si ce n'est pas de la grande littérature, ils font tout de même une certaine gymnastique mentale). Et ce que je remarque, c'est que, naturellement, ils soignent leur écriture en fonction du destinataire. Parce qu'ils comprennent vite que pour qu'on écoute ce qu'ils ont à dire, ils doivent s'exprimer avec clarté. Non, la langue, au pays, ne se dégrade pas. C'est notre exposition qui change et qui fausse notre perception, c'est tout. On s'y adaptera. La langue, c'est comme la politique ou la cuisine. Ça fait partie de notre vie, qu'on le veuille ou non, qu'on aime s'y plonger ou non, qu'on sache comment s'y prendre ou non. Ça prend des gens qui s'y intéressent, ça prend des gens motivés à apprendre. Seulement, il y a moins de gens.

Et les machines? Ben oui, les ordinateurs sont de plus en plus performants, pourquoi pas programmer quelque chose? Parce que les machines ne pensent pas. Ce sont des automates. Les ordinateurs ne comprennent pas les gens. Ils exécutent. La machine aide beaucoup l'humain à aller plus vite, à recycler, à vérifier... mais elles ne rédigent pas, elles n'enseignent pas. On peut programmer des règles, des probabilités, des paramètres culturels dans une machine. Mais on ne peut pas lui demander de comprendre un texte ou un élève. Pour cette raison, on ne peut pas se fier uniquement à des programmes : ça prend des humains. Des humains qui sont prêts à chercher dans des dictionnaires informatisés ultraperfectionnés (rédigés, mis à jour et programmés par des humains).

Tout ça pour dire que l'industrie de la langue vit une crise qui ne sera pas réglée demain matin. On en parle dans les journaux. On en parle beaucoup dans le milieu. Ne vous y dirigez pas en pensant pouvoir faire facilement de l'argent. Mais si vous pensez à vous réorienter, n'écartez pas d'emblée les professions langagières. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous pourriez quand même aimer ça.

vendredi 31 août 2007

L'importance de la traduction

Allez lire cet article (désolée, en anglais seulement). Tordant!

jeudi 3 mai 2007

Mots de tête...

J'essaie de réduire mon taux quotidien de caféine. Aujourd'hui, j'ai pris mon café trop tard. Résultat : il n'était pas midi que j'avais déjà mal à la tête. En plus de la fatigue que j'accumule depuis quelques semaines (lire entre les lignes : je suis claquée).

Cette semaine, je me suis mise à la mémoire de traduction. En gros, c'est un type de logiciel qui permet de recycler les traductions. Le logiciel aligne les textes français avec les textes anglais, puis lorsqu'un segment est repris en partie ou en entier dans ce qu'on doit traduire, le machin l'indique avec toutes sortes de couleurs et nous offre d'insérer l'ancienne traduction, d'y apporter des modifications, etc. En principe, c'est génial. En pratique, c'est récent. Donc, les bases de données ne sont pas très garnies, les traducteurs voient ça comme si c'était une bibitte qui pique ou qui mord. Toutefois, si on ne l'utilise pas, ça ne deviendra jamais utile : mieux vaut l'utiliser pour garnir la base de données, surtout avec les textes monotones ou difficiles que personne ne veut faire. Si la base de données est pleine de textes plates, il y a plus de probabilités que les prochains textes plates à traduire y soient en partie déjà traduits, ce qui réduit le temps passé à se casser la tête sur des platitudes. On pourra donc mieux se concentrer sur ce qui est intéressant.

Donc, je suis fatiguée, j'ai mal à la tête et j'utilise un nouveau logiciel qui ne comprend pas de correcteur automatique. À la relecture, j'ai repêché de belles niaiseries, dont celles-ci :

"Des compétences de communication sont requises pour exploser, promouvoir et défendre des politiques..."

"...les produits livrables importants (taches) et les chemises essentielles..."

Ah oui, et j'ai même glissé un ou deux "digérer" au lieu de "gérer"... Je pense qu'il est grand temps que je mange, là...

jeudi 12 avril 2007

Mon travail

En général, quand un non-traducteur rencontre un traducteur, l'une des premières questions du non-traducteur concerne le nombre de langues parlées. Ensuite, si le traducteur est volubile, on parle du domaine de spécialité... peut-être.

Il m'arrive parfois de rapporter du travail à la maison la fin de semaine. Un peu de relecture. Un jour que je relisais un texte « banal » sur la libération conditionnelle (rien de secret, une explication de la Loi, je crois), un copain m'a dévisagée, complètement perdu.

« C'est quoi ça? »

« Oh, juste un peu de travail, je m'avance en attendant que la partie commence... »

« Oui, mais c'est écrit Commission nationale des libérations conditionnelles. T'es pas traductrice toi? »

« Oui, j'ai traduit ce texte-là, maintenant, je le révise et comme il est plate, il est encore bourré de fautes. »

« Mais, si t'es traductrice, pourquoi tu fais de la libération conditionnelle? »

Bon, c'est peut-être un peu extrême. Mais ça illustre à quel point la profession est souvent mal comprise, même par des gens intelligents (le gars en question n'est pas un imbécile). Les clients nous prennent souvent pour des machines. Mais les clients, c'est tout le monde. Par chez nous, tout le monde a un certain de degré de bilinguisme. Alors, tout le monde tient la traduction pour « simple »... tout le monde, sauf ceux qui ont essayé de traduire... En fait, la traduction, c'est plus que d'écrire sans phôtes. Souvent, j'ai l'impression de faire des casse-tête de logique toute la journée ou de passer du temps sur des détails qui n'intéresseront personne sauf moi, de toute façon. D'autres fois, j'ai l'impression que mon travail se rapproche d'une certaine forme d'art. En génral, c'est un mélange des deux.

Alors, qu'est-ce que, moi, je fais, concrètement?

Je suis spécialisée en criminologie fédérale. Je dirais que 90 % de ce que je traduis est destiné au Service correctionnel du Canada. En général, j'hérite des textes à saveur informatique (comme ce qui concerne des bases de données et les applications pour les consulter). Je fais aussi du parajuridique, de la médecine (vulgarisée, mais bon...), de la psychiatrie, de l'administratif, du général et, parfois, du financier et des ressources humaines (mais ça, je déteste, j'ai l'impression de ne rien y comprendre). Le 10 % qui reste provient généralement de la Commission nationale des libérations conditionnelles et il m'arrive à de très rares occasions de traduire des trucs généraux pour dépanner nos voisins du dessous, qui faisaient naguère partie de notre équipe...

Je sens déjà que vous mourrez d'envie d'avoir des exemples concrets de mon travail palpitant. OK, peut-être pas. Mais, juste au cas où vous seriez un tantinet curieux... Ce matin, j'ai un texte qui cite un titre de document du SCC. Rien dans notre base de données, alors, par réflexe, je me rends sur le site Web du SCC. Surprise, je fais la première page!!! OK, pas moi. Un article que j'ai traduit il y a quelques semaines. J'ai reconnu la photo tout de suite (avant que de petits malins s'amusent à me faire dire ce que je n'ai pas dit : non, ce n'est pas moi sur la photo!). Ils ont modifié quelques trucs, comme le titre et la toute dernière phrase, mais bon, j'ai quand même eu des papillons!

jeudi 5 avril 2007

Indignation?

On s'indigne d'une pareille nouvelle. Probablement avec raison. Mais bon. Mon opinion de traductrice? C'est une situation banale. Ça ne la rend pas correcte. Mais ça arrive quand même tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, des trucs comme ça.

Pourquoi? Parce que les gens croient que quand on parle deux langues, on peut traduire aisément, sans problème. "Pourquoi faire un bac de 3 ans, plus des stages coop, si c'est pour apprendre à chercher dans un dictionnaire?"

Parce que traduire, c'est plus que chercher dans un dictionnaire. Traduire, c'est communiquer. Parce que lorsqu'on parle une langue, on pense dans cette langue, on utilise la logique de la langue, le mécanisme cognitif de cette langue.

Je ne pense pas de la même façon en français, en anglais, en allemand, en espagnol, ni même en catalan, en gaélique irlandais ou en russe. Peu importe mon degré de connaissance de chacune de ces langues. Si j'ai le malheur de penser en français quand je parle allemand, je suis incapable de prononcer une phrase sans oublier ce que je voulais dire avant la fin de celle-ci.

Alors, si on lit un texte en anglais, on est en mode anglais. On ne trouve pas ses mots en français. On utilise un dictionnaire, puis si on n'est pas entraîné à le faire, ben on prend la première option suggérée (comme "souffler" au lieu "d'exploser" pour "blow"), ou encore, on tombe dans les pièges des faux amis. Les traducteurs ont beaucoup de faux amis. Ce sont des mots qui se ressemblent beaucoup dans les deux langues, mais qui ne signifient pas la même chose. Comme "definitive" et "définitif", par exemple.

Ajoutez à ça la culture. En anglais, le vouvoiement n'existe pas, mais les formules de politesse sont plus couramment utilisées qu'en français (même si, au Québec, on multiplie aussi les formules de politesse, sous l'influence de nos voisins... on ne dit pas simplement "donne" comme nos cousins Français, on dit "donne, s'il te plaît "). On a beau parler deux langues, on a beau connaître les différences culturelles, encore faut-il savoir en tenir compte lorsqu'on communique dans une langue le message rédigé dans une autre langue. On l'a vu avec l'affaire des "yeux bridés" à connotation tout à fait neutre de Boisclair qu'on a traduit par "slanting eyes" à connotation absolument péjorative.

En fait, c'est que la langue est bien plus qu'un simple amalgame de règles et de conventions.

Il ne suffit pas de connaître un sujet pour être bon prof. Il ne suffit pas de savoir calculer pour être bon comptable. Il ne suffit pas de savoir courir pour faire un marathon.

Ça prend de la pratique. Une formation. Un encadrement. De la détermination. Une combinaison des critères de base. Pas juste un élément (même si cet élément est primordial).

Tous les textes n'ont pas à être bien traduits. Mais certains doivent être sinon faits par des professionnels, du moins révisés par des professionnels. C'était le cas ici.

Je comprends qu'on fasse faire le travail par des bénévoles. Mais le travail aurait dû être révisé par un professionnel. C'est la moindre des choses dans ma tête de traductrice. Cependant, je comprends un peu comment les responsables se sentent en ce moment. Ils ne comprennent pas pourquoi des gens bilingues ne peuvent pas traduire, alors qu'ils parlent deux langues.

Peut-être que si, après les shows de télé dans des cabinets d'avocats, dans des écoles, dans les laboratoires médicaux légaux ou dans les hôpitaux, il y avait un bon show de télé dans un cabinet de traducteurs, plus de gens comprendraient en quoi le travail d'un professionnel de la traduction diffère de celui d'un amateur...

C'est facile de juger après coup. C'est comme juger du travail d'un électricien quand on ne connaît rien à l'électricité : on ne s'indigne que si les fils dépassent ou si ça explose... mais on ne peut pas vraiment vérifier si le travail a été vraiment bien fait, non? On s'indignera si le mur brûle, ou s'il y a risque d'accident, sinon, même si le travail est mal fait, on ne remarquera rien et on ne dira rien.

En lisant des blogues, des opinions, en écoutant ce qu'on en dit à la radio, je souris. Les gens sont indignés. Ça n'a pas d'allure. Ça n'a pas de bon sens. Encore les pauvres francophones qui écopent. On est insulté. Mais qui veut qu'on monte les impôts pour se payer des traductions de meilleure qualité? Qui propose des solutions concrètes pour améliorer la qualité de l'enseignement des langues dans les écoles? (pas juste du français là... c'est généralisé partout!) Qui est prêt à éteindre la télé pour lire des livres?

Je pourrais ajouter à ça le fait que la demande de traduction augmente partout dans le monde, mais que l'offre qualifiée diminue aussi beaucoup (pour toutes sortes de facteurs). Je pourrais aussi dire qu'on chiale beaucoup au Canada, mais que c'est une chance, parce que ça fait de nous un chef de file en traduction, nous avons des lois qui favorisent ça, une situation géopolitique exceptionnelle, etc. Mais ça, c'est du blabla quand on lit les articles qui soulignent les énormités trouvées dans les traductions d'amateurs...

mercredi 14 février 2007

De beaux mots

Je suis tombée sur plusieurs superbe mots en traduisant un texte intéressant cet après-midi. Je crois que ça vaut la peine de les souligner :

Grandiloquence : (n. f.) Éloquence ou style affecté, qui abuse des grands mots et des effets faciles. (Flashbacks de certains discours de politiciens...)

Pathos : (n. m.) 1. Parte de la rhétorique qui traitait des moyens propre à émouvoir l'auditeur. 2. Pathétique déplacé dans un discours, un écrit et par ext. dans le ton, les gestes.

mercredi 2 août 2006

Week-end

La France et leurs voisins francophones ont colonisé pas mal de pays sur tous les continents (je dois vérifier pour l'Océanie, mais bon, ils sont allés pas mal partout). Maintenant, le français se parle partout. La beauté de la chose, c'est qu'au fil du temps, il a pris une couleur bien locale, si bien qu'en écoutant des francophones de différents pays, on a l'impression d'écouter différentes musiques propres à la culture et à la réalité de l'endroit.

Les Canadiens francophones (oui, pas seulement les Québécois) ne font pas exception. Bien entendu, le français canadien n'est pas uniforme, et on distingue facilement à l'oreille une personne qui vient de l'Outaouais d'une personne qui vient de Québec ou du Saguenay, ou encore du Nouveau-Brunswick. Les oreilles plus attentives peuvent même reconnaître l'accent de Sherbrooke et celui de Montréal.

La France n'a pas gardé le Canada très longtemps. C'est vite l'Angleterre qui a pris la relève. Les colons anglais ont laissé aux colons français leur liberté de religion, se disant qu'ils seraient bien vite assimilés. Mais les colons français n'avaient pas dit leur dernier mot. Ils ont tenu bon (en grande partie grâce à leur religion et à leur Église), et ils ont continué à parler français.

C'était avant Internet.

Devant l'envahisseur, les colons français ont tout fait pour s'accrocher à leur identité, pour ne pas devenir des Anglais. Ils ont gardé leur religion, mais aussi leur langue, leur culture... Qui a évolué en vase clos pendant, quoi, 300 ans? Un petit village gaulois contre une mer d'Anglais. Notre potion magique? Mis à part notre tête dure, notre militantisme et le Bonhomme Carnaval, on a veillé sur notre langue comme sur une vache sacrée.

Sauf que tout évolue, même si on le protège. Contrairement à ce que certains Français aiment affirmer, nous ne parlons pas le même français qu'au 16e siècle. Nous parlons un français moderne, actuel, bien à nous. Et nous y tenons. Je ne parle pas du joual, ni de l'accent, je parle du français que nous parlons.

Où vient le week-end, là-dedans?

C'est que, voyez-vous, nous avons très peur de perdre notre identité (et ça se comprend). Comme notre langue fait partie de notre identité, nous la protégeons (et c'est bien ainsi). Nous faisons la guerre aux anglicismes. Une guerre qui n'est pas autant ressentie en Europe. Vous voyez où je veux en venir?

En Europe, on dit week-end. Au Canada, on dit fin de semaine. Qui a raison?

Bon, le premier sens que l'on donne au mot « anglicisme », ici, c'est une faute de langue commise à cause de l'anglais. On y accorde une importance telle (et à raison), qu'on a divisé les anglicismes en plusieurs catégories. Les orthographiques, les sémantiques, les syntaxiques, les typographiques, les faux-amis, les calques, les emprunts inutiles...

Oui, les emprunts inutiles. Comme dire « jack » pour « cric ».

Vous souriez, et vous dites « Ah, alors, week-end est un anglicisme, puisque c'est un emprunt inutile! Tout comme e-mail pour courriel! »

Pas si vite.

« Week-end », à la base, c'est un emprunt utile, ou nécessaire. Parce qu'il exprime une réalité qui n'existait pas en français. Durant la révolution industrielle, l'Angleterre a mis sur pied ce fameux concept, celui d'une pause pour les travailleurs. La France a adopté ce système plus tard. Le week-end ne représente pas vraiment la « fin de la semaine ». C'est plutôt un congé de deux jours, qui aurait pu être le mercredi et le mardi. De plus, pour nous, la semaine commence le dimanche! Jetez un oeil à votre calendrier le plus proche, je suis pas mal certaine que la première colonne indique « dimanche ». Jetez un oeil à un calendrier allemand ensuite. Il devrait commencer le lundi (je trouvais ça ben ben mêlant en Allemagne...). Revenons à nos moutons : week-end était un concept anglais, une réalité anglophone qui a été reprise par les Français et pour laquelle les Français n'avaient pas de mot. C'était donc un emprunt justifié. Pas une faute de langue.

« Oui mais, maintenant, on a un mot en français pour ça ». Oui. On dit « fin de semaine ». Mais jetez un oeil à la liste des catégories d'anglicismes (en passant, j'ai pris ceux qui font partie du tableau du Multidictionnaire, différents auteurs donnent différents noms aux catégories...). Il y a la notion de « calque ». En quelque sorte, fin de semaine est un calque de week-end, puisque week veut dire semaine et end veut dire fin. Si on dit que week-end est un anglicisme, il faut avouer que fin de semaine l'est aussi. Surtout que pour nous, la fin de semaine, c'est du samedi au dimanche, alors que notre semaine se termine le samedi et commence le dimanche.

Même chose pour e-mail (pour electronic mail), qui, à la base, est un concept anglo-américain. Nous, on dit « courriel » pour « courrier électronique », ce qui revient au même que fin de semaine pour week-end...

Cela dit, moi, je dis fin de semaine et courriel. En fait, le premier par habitude, le second par préférence personnelle. J'aime bien la vague québéco-informatique, où on utilise de jolies expressions francophones pour exprimer ces nouvelles réalités mondiales : courriel et pourriel, par exemple. Avouez que « courriel » est plus musical et plus joli que « imelle »...

mercredi 28 juin 2006

Sans filet

Mes textes "faciles" ne sont plus révisés. Ils sont relus pour les coquilles. Mais ils ne sont plus révisés.

J'ai l'impression d'être au bord d'un précipice chaque fois que j'entame une nouvelle phrase. Quand je livre, c'est le Grand Canyon. Et si j'avais glissé un contre-sens? Revérifie... rechange tout... Et si c'était ma première idée qui était la bonne? Revérifie... nouveaux changements... Jusqu'à vendredi dernier, j'avais un bon harnais de sécurité. Depuis hier, j'ai un filet... qui n'est tendu que si la cascade est complexe...

Une chance que c'est trippant...

mardi 28 mars 2006

Nouveau mot

On en apprend tous les jours!

En parcourant les titres sur Cyberpresse, je suis tombée sur un article qui contenait ce paragraphe : Le parti Kadima d'Ehud Olmert a remporté mardi une victoire étriquée qui va compliquer la formation d'une coalition gouvernementale, selon des sondages à la sortie des bureaux de vote publiés par les télévisions israéliennes.

Je ne connaissais pas l'adjectif étriqué... Le Robert me renvoie au verbe étriquer :

1. (1826). Rendre trop étroit; priver d'ampleur. - Diminuer, raccourcir. Le tailleur a étriqué cet habit. (Personnes). Faire paraître étroit. Ce costume est trop étroit, il vous étrique.

2. (1760). Fig. et littér. Développer insuffisamment. - Écourter, raccourcir. Étriquer un discours, un texte.

3. Rare. Rendre mesquin, petit. L'isolement étrique son caractère. - Pron. Il s'étrique en vieillissant.

4. (1831). Techn. Amincir (une pièce de bois) pour l'adapter à une autre.

ÉTRIQUÉ, ÉE p. p. adj. (1707, attesté av. le verbe). Plus cour. que le verbe.

1. Qui est trop étroit*, n'a pas l'ampleur suffisante (vêtement). Un vêtement étriqué. - Court, rétréci.



(Personnes). Qui paraît étroit (à cause de son costume). - Minable, riquiqui (fam.). Par analogie :



Par ext. Minuscule, petit. Vivre à plusieurs dans un appartement étriqué. - Exigu.

2. Vén. Animal étriqué, haut sur pattes, sans carrure.

3. (1829; subst., 1760). Fig. Sans ampleur, trop limité. Un discours étriqué. - Aride, décharné, sec. - Un auteur étriqué, sans imagination, sans ampleur. Étroit, médiocre, mesquin, petit. Un esprit étriqué. Mener une vie étriquée.

CONTR. Agrandir, amplifier, développer, élargir. - Ample, bouffant, flottant, large. DÉR. Étriquement.

Eh bien, j'ai un nouveau mot à insérer quelque part...

mercredi 8 mars 2006

Translation?

Un collègue anglophone nous a envoyé ce superbe texte. Il est en anglais, et parle de la traduction de l'inuktitut, mais il aide à débrouiller le processus de la traduction... On a beau essayer d'expliquer que notre travail est un travail, pour quelqu'un qui n'a jamais vraiment traduit, le traducteur est un peu comme une machine qui mâchouille un texte pour le recracher dans une autre langue...

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mardi 21 février 2006

Régime ou diète?

Bien qu'ils soient tous deux rendus par le mot "diet" en anglais, ces mots ont un sens distinct.

Allons voir ce que le Petit Robert en pense :

RÉGIME n. m.

-I. (Déb. XVe; regimen, XIIIe). Vx. Action de diriger, d'administrer. -II.

1. (1408). Vx. Façon d'administrer, de gouverner une communauté.
2. (Déb. XVe). Ensemble de dispositions légales ou administratives qui

organisent une institution; cette organisation.

3. (1438, «règle, manière de vivre, conduite»; «traitement des maladies», 1314). Conduite à suivre en matière d'hygiène, de nourriture, etc.

4. Vx. «Ménagement, tempérament» (Littré).
5. Sc. a Manière dont se produisent certains phénomènes physiques (mouvements).

(b) Géogr. Ensemble des conditions générales définissant le processus de certains phénomènes météorologiques ou hydrographiques. -III. Ce qui est régi, ordonné.

DIÈTE n. f.

1. Méd. Régime alimentaire particulier, prescrit par le médecin, soit limitant ou excluant, soit comprenant un apport enrichi de certains aliments.

2. (XVIe). Cour. Abstention momentanée et plus ou moins complète d'aliments, sur prescription médicale.

En gros, on ne fait pas un régime. On a un régime. Le régime, c'est l'ensemble d'habitudes. On parlera d'un régime végétarien, ou d'un régime religieux, par exemple. Le régime ne s'applique pas seulement à la bouffe. On peut avoir un régime de vie.

La diète, elle, comporte plus souvent une privation. Un médecin va prescrire une diète à une personne intolérante au lactose : il lui proscrit les produits laitiers et lui prescrit des aliments riches en calcium et en protéines pour compenser. On suivra une diète pour des raisons médicales (allergies, intolérance, perte de poids).

Mon médecin m'a prescrit une diète riche en vitamine D et en fer, pour compenser les carences dans mon régime.

Et puis, à mon avis, chez WeightWatchers, j'ai appris à "améliorer mon régime" et non à "suivre une diète"...

vendredi 27 janvier 2006

Typographie et ponctuation

J'ai eu un doute, alors j'ai vérifié. Voici la réponse du Guide du rédacteur :

« Quand on préfère donner la référence dans une note, on doit insérer à la fin de la citation un appel de note. L'appel de note est un chiffre, une lettre ou un signe conventionnel tel que l'astérisque, que l'on place soit au-dessus de la ligne en exposant, soit sur la ligne entre parenthèses. Il apparaît juste avant le signe de ponctuation final. » Guide du Rédacteur du Bureau de la traduction, section 7.2.10 c) page 174.

Alors, c'est réglé, le point vient après l'appel de note!

lundi 16 janvier 2006

Conciliation travail-famille

Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai pris autant de temps à traduire un petit 1200 mots sans terme technique. Le texte est assez bien rédigé, je connais le sujet, pas d'attrappe, et à peine deux petits paragraphes difficiles à tourner en français. Non, franchement, tout traducteur qui se respecte n'aurait fait qu'une bouchée de ce texte tout de même agréable sur le plan linguisitique.

Mais ce texte m'a hanté toute la fin de semaine. J'y repensais en lavant la vaisselle hier, avant de m'endormir samedi, ou même dans la voiture avant et après le travail la semaine dernière. C'est la première fois depuis mon retour après le congé de maternité que ça m'arrive. Oh, ça m'était arrivé avant, et le souvenir des textes qui avaient provoqué un tel émoi est encore vif, même si ça n'a plus rien de récent.

Vous aurez deviné que le texte porte sur les enfants. Pas sur les enfants maltraités, non. Sur les enfants dont les parents sont en prison. Ça me bouleverse chaque fois. C'était grave quand j'étais enceinte. C'est encore pire maintenant.

Même si une personne "mérite" l'incarcération (mauvais choix de mots, mais bon, j'ai de la difficulté à trouver une nuance plus exacte), je ne peux m'empêcher ce penser que l'enfant, lui, ne mérite pas d'être séparé de ses parents qui l'aiment, à moins qu'il ne soit victime d'abus ou de négligence. Aussi, que c'est de la pure torture pour le parent.

En fait, dans mon cas, ce serait carrément de la torture. Oui, je suis consciente que la probabilité que j'échoue en prison est quasi nulle : une mère de famille instruite qui a un emploi stable et bien rémunéré avec un conjoint en or ne fait pas de prison parcce qu'elle ne constitue pas un risque pour la société. Qui plus-est, elle coûterait plus cher à la société en prison qu'à l'extérieur de la prison. Non seulement ça coûte deux fois plus cher incarcérer une femme qu'un homme, un prisonnier ne peut pas payer d'impôt, puisqu'il ne travaille pas. Si jamais je suis condamnée pour quoi que ce soit (ce qui est déjà un peu plus probable, mais pas de beaucoup), il y a de fortes chances pour que je bénéficie d'une probation (que je purge ma peine dans la collectivité). Si, cas extrême, je dois faire de la prison, avec tous les mécanismes en place, je ressortirais très très très vite en liberté sous condition, parce que je ne représente pas de risque pour la société, puis parce que j'ai un potentiel de réinsertion social complet.

N'empêche, rien n'est impossible. Et si j'étais victime d'une erreur judiciaire? Et si j'étais poussée au meurtre? Personne n'est à l'abris complètement de quoi que ce soit! Puis je ne peux m'empêcher de me m'imaginer à la place d'un parent séparé de son enfant et privé des câlins et des sourires spontanés, des paroles pas encore tout à fait claires qui font bien rigoler, des matches de lutte sur les coussins du salon... Rien qu'à y penser, ma gorge se serre.

La majorité des femmes incarcérées sont mères. Dans la plupart des cas, la garde légale n'est pas confiée au père (inapte, sinon inexistant), mais à la mère de la détenue. En général, la mère de la détenue reproduira avec ses petits-enfants le même cycle qu'avec sa fille (qui a abouti en prison!).

Les enfants ne devraient jamais payer pour les crimes de leurs parents. Jamais.

jeudi 15 décembre 2005

Y'a juste en Outaouais...

... que tu tute de la horn pour pas lutter un char parce que t'aurais pogné le ditch...